Le service public, une fonction pas comme les autres. Notre échange avec Xavier Bertrand

 

CSF Magazine a interrogé deux responsables politiques de premier plan pour connaître leur vision de l’avenir de la France et spécialement celui des fonctions du service public. Après Bernard Cazeneuve, voici un extrait de l’entretien que nous a accordé Xavier Bertrand, ancien Ministre et président de la Région Hauts-de-France.

Xavier Bertrand
Xavier Bertrand

Le service public, une corde sensible et importante

Xavier Bertrand a été agent public dans l’Éducation nationale, en même temps qu’il menait ses études, puis agent d’une collectivité locale dans sa jeunesse. Agent public, agent d’un service public, pour lui, c’est une fonction qui n’est pas comme les autres. Les services publics, c’est ce qui relie les Français, à la fois ceux qui vont bien, ceux qui vont moins bien, ceux qui vivent en métropole et ceux qui vivent en milieu rural, ceux qui sont à l’aise et ceux qui sont en difficulté. C’est ce lien-là qui est assumé par les agents publics. Ce qui leur confère une place à part, non seulement à ses yeux, mais aussi pour l’ensemble des Français.

Pour lui, il faut penser à ces agents publics qui sont souvent invisibles, mais présents dans les moments très difficiles. Il en a encore été témoin dernièrement, lors des inondations terribles qu’a connues sa région. Ce sont les agents territoriaux, Enedis, SNCF Réseau, les pompiers et les forces de sécurité qui étaient sur le pont : l’urgence a su être gérée par ces agents, et beaucoup de reconnaissance leur est due. Réactivité, coordination, sens de l’intérêt général : à ses yeux, ces qualités sont les plus importantes.

La crise de recrutement des fonctionnaires, quelles solutions ?

Selon Xavier Bertrand, le bon cap consiste à redéfinir les missions du service public, c’est-à-dire les différents niveaux d’action publique. Quand on parle des fonctionnaires, il faut intégrer la fonction publique d’État, la fonction hospitalière et les collectivités territoriales. Ce qu’il croit, c’est que l’État doit d’abord se concentrer sur ses missions premières: protéger, soigner, éduquer, préparer l’avenir. L’État et notre système de protection sociale doivent être clairement recentrés sur les moments où les citoyens en ont le plus besoin. 

Quant aux collectivités, il souhaite fortement la mise en place d’une République des territoires. Cela exige une clarification des compétences. C’est très important aussi pour les agents publics. L’État aujourd’hui, sur le plan national, s’occupe de trop de choses et de la mauvaise manière. Les territoires sans l’État, ça ne peut pas non plus fonctionner. La France est un pays formidable, mais qui souffre d’une hypercentralisation et Xavier Bertrand pense que les agents publics en souffrent également. Tout ce qui relève de la préparation de l’avenir, des fonctions régaliennes, c’est l’État. Mais c’est dans les territoires que l’on doit penser à tout ce qui concerne la vie quotidienne. Pourquoi est-on obligé de tout faire remonter à Paris, de toujours solliciter Paris pour des questions propres au logement, aux transports ? 

Mais nous avons besoin, selon lui, de cette nouvelle répartition des compétences avec les territoires. Son souhait est que l’État soit aussi présent dans les territoires, avec le préfet, qui doit être le représentant de l’État. Nous avons également besoin d’un plus grand nombre d’agents publics sur le terrain. Ce lien est important dans une société qui s’individualise, se digitalise, et qui court le risque de se déshumaniser. C’est pour cela que les agents publics sur le terrain et en contact avec nos concitoyens sont primordiaux. Clarifier les compétences, remettre les agents publics davantage au contact avec le public et rétablir une vraie part d’humanité, c’est une nécessité actuelle. Nous avons besoin de services publics dans les territoires, et pas seulement d’une camionnette des services publics qui circule.

Vers une décentralisation du service public à l'instar de nos voisins Européens ?

Xavier Bertrand reste dans une filiation très gaulliste : des institutions fortes, mais avec la logique du référendum de 1969 : la régionalisation. La France est un pays qui a besoin, d’une part, d’un État fort et recentré sur ses fonctions régaliennes. Et d’autre part, une action beaucoup plus efficace dans les territoires. Cela repose aussi sur les représentants de l’État.

Son objectif est de cesser de déshabiller les ministres et les préfets de leurs pouvoirs en les confiant à des agences. La multiplication de ces agences a été une façon pour le politique d’éloigner la responsabilité. Or, la responsabilité politique ne se délègue pas, ne se partage pas. Elle doit être le fait des responsables politiques. Le ministre a vocation à être le dirigeant de son administration et à avoir conscience de la manière dont elle fonctionne. Et le préfet doit être le représentant de l’État en région. C’est la raison pour laquelle son souhait est de donner beaucoup plus de responsabilités au préfet, au détriment des directeurs d’administrations centrales.

Il ne faut donc pas moins d’État, mais plus d’État sur le terrain, moins à Paris ainsi que dans les domaines non régaliens. Avec un véritable dialogue entre État et élus locaux. La direction, la stratégie nationale seront gardées, mais l’efficacité se marquera par l’action de l’État sur le terrain. Aujourd’hui s’est imposée une forme de métropolisation du pays, qui fait abstraction de la réalité des villes moyennes en France.

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Source : CSF Magazine numéro 135 – Ces prix qui deviennent fous

Publié le 20/02/2024