Compétitions sportives et écologie : un mariage impossible ?

La Coupe du monde de football 2022 se tiendra cet automne au Qatar. Dans une région réputée comme l’une des plus chaudes du globe, la climatisation des stades à ciel ouvert renvoie une image déplorable dans un contexte de lutte contre le changement climatique. Les prochains Jeux olympiques à Paris, en 2024, vont-ils rectifier la trajectoire ?

 

Tous les quatre ans, la Coupe du monde de football suscite la passion. On attend plus d’un milliard de téléspectateurs à travers la planète. Cet évènement mondial se déroulera dans un désert où la température est, en général, de l’ordre de 30 degrés à cette saison. Choix étrange, qui a donné lieu à de nombreuses polémiques : un processus entaché par des soupçons de corruption. Ensuite, la construction des infrastructures a été problématique : selon le journal britannique The Guardian, au moins 6 500 travailleurs venus d’Inde, du Pakistan, du Népal, du Bangladesh et du Sri Lanka seraient morts sur les chantiers.

Outre ce scandale humain, un scandale écologique est également évoqué. La manifestation sportive a lieu au nord du désert de Rub al-Khali, chaud et aride. Or, le Qatar a réalisé une climatisation à ciel ouvert dans la plupart des stades. La déperdition d’énergie est évidemment énorme, et il faudra brûler beaucoup de pétrole et de gaz pour obtenir que ces gigantesques climatisations puissent fonctionner. « L’idée parfois défendue d’une Coupe du monde totalement écologique est avant tout une action de communication: le Mondial 2022 sera, au contraire, profondément anti-écologique », prévient Gilles Paché, professeur en sciences de gestion à l’université d’Aix-Marseille.

Le Qatar, pour répondre à ces critiques, s’est engagé à atteindre la neutralité carbone pour l’évènement, mais on se demande bien comment… Dans un contexte où la lutte contre le changement climatique est devenue une priorité, le signal envoyé à la planète paraît désastreux.

 

Faudrait-il interdire les compétitions aux pays chauds ?

Le Qatar n’est pas seul en cause ; les Jeux olympiques d’hiver de Pékin se sont déroulés avec de la neige 100 % artificielle, c’est-à-dire produite par des canons à neige. En réaction à ces critiques liées au climat, la Fifa a an- noncé un renforcement des critères environ- nementaux dans les appels d’offres pour les prochains mondiaux de football. Car le chan- gement climatique dicte ses lois. Une étude de l’université californienne de Berkeley mettait en évidence que d’ici à la fin du siècle, seules huit villes de l’hémisphère nord, en dehors de l’Europe occidentale, disposeraient de températures compatibles avec l’accueil des Jeux d’été. Et que dire alors des pays du Sud ? Un vrai problème surgit : les régions chaudes peuvent-elles être interdites de coupes du monde, à cause de leur climat ? Faut-il changer le calendrier des compétitions internationales, pour prévoir de les fixer en hiver dans les pays du Sud, et en été dans ceux du Nord ? Comment ne pas voir que les pays riches ont les moyens de prévoir les adaptations au climat, tandis que les plus pauvres en sont dépourvus ? Le souhait de mondialiser les épreuves se heurte désormais à l’obstacle climatique et aux exigences écologiques.

 

 

 

Pour la Coupe du monde 2022, 

 

le Qatar a réalisé une climatisation à ciel 

ouvert dans la plupart des stades! 

 

    

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Paris 2024 fera-t-il mieux ?

Fort heureusement, Paris est en climat tempéré. L’objectif est de limiter à 1,56 million de tonnes les émissions de CO2, soit la moitié de celles émises lors des Jeux olympiques de Londres ou de Rio. La préparation parisienne des JO 2024 offre un avantage particulier : 95 % des équipements existent déjà. Pas de forêts à raser, pas d’autoroutes à construire… Les infrastructures sont censées se faire en matériaux durables et trouver une nouvelle vie après les épreuves. Le bilan carbone est très lié aux transports des spectateurs, mais la capitale table sur des visiteurs à 95 % européens dont une bonne moitié de Français. Le comité d’organisation de Paris 2024 a fait le choix de réduire le nombre d’athlètes présents dans la capitale française. De 11 100 à Tokyo, ils seront 600 de moins à Paris, tandis que la parité homme-femme sera pour la première fois respectée. Les lieux de

compétition seront pour la plupart regroupés à Paris et en Seine-Saint-Denis, limitant le déplacement des spectateurs qui pourront compter sur un important dispositif de transport en commun. Le conseil d’administration de Paris 2024 s’engage à compenser plus d’émissions qu’il n’en émettra, en soutenant, en France et dans le monde, des projets de restauration et de conservation des forêts et des océans, puissants capteurs de CO2. Objectif : accueillir les premiers Jeux olympiques positifs pour le climat

Vers une régulation du spectacle sportif

Une étape d’avance, donc, avant le bilan carbone négatif qu’imposera le CIO (Comité international olympique) d’ici à 2030. Pour le professeur d’aménagement et urbanisme à l’université de Limoges, Jean-Jacques Gouguet : « Il s’agit de savoir si on arrivera à maîtriser le développement des grands évé- nements sportifs, qui se caractérisent main- tenant par le gigantisme de leur organisation. (…) Voilà pourquoi une régulation forte du spectacle sportif s’impose. La révision du gi- gantisme des Jeux olympiques pourrait consti- tuer une bonne opportunité pour commencer à mettre en pratique ces nouveaux principes. »

 

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Lobjectif de Paris 2024 :

 

 accueillir les premiers

Jeux olympiques positifs pour le climat.

 

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