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Elections présidentielles 2017 et logement

Alors quelle politique du logement sera faite par le prochain président de la  République ?

Le point sur lequel tout le monde s’accorde est que l’objectif des 500 000 logements construits par an ne participe pas à la politique du logement mais plutôt à celle de l’emploi. Selon un article de Jean Claude Driant (Professeur à l’Ecole d’urbanisme de Paris – Ca m’intéresse, mars 2017),  on n’a jamais eu autant de logements vides en France. Près de 3 millions de logements sont vides, soit 8, 3 % du parc immobilier. Ce chiffre est à relativiser car  il faut rappeler que certains logements sont en cours de travaux, d’autres attendent leurs futurs occupants. Et qu’il faut aussi un taux de vacances de 6 % pour que la machine ne se grippe pas. Vous n’allez pas déménager si jamais votre futur logement est occupé. Le problème est que les logements réellement vides, entre 300 et 600 000, ne sont pas forcément là où sont les personnes en situation de mal logement. La solution ne serait pas dans la quantité, mais dans la qualité et l’innovation. En densifiant certains centres villes désaffectés, en réhabilitant certaines zones post-industrielles, ou en faisant des immeubles de maisons, on diminuerait le poids des charges immobilières dans le budget des ménages. Cela contribuerait aussi à l’aménagement du territoire, expression tombée en désuétude.

La politique du logement devrait se faire au niveau local, au travers de la construction d’immeubles permettant aux Français d’avoir son jardin suspendu. Comme à Montpellier où le toit des nouveaux immeubles est doté d’une villa. Un marché en pleine émergence, en réponse aux séniors qui veulent retourner vers la ville et ses services une fois les enfants partis. Cette politique se construit en réhabilitant les passoires énergétiques, en densifiant certaines zones, en privilégiant la mobilité (500 000 emplois ne seraient pas pourvus, faute de logement, ou de facilité d’en changer).
Les spécialistes de l’urbanisme, les professionnels de la construction, les associations semblent d’accord sur les grandes lignes d’un politique du logement. Certains candidats semblent plus en phase que d’autres. Mais le futur locataire de l’Elysée appliquera-t-il ses promesses de campagne ? 
 

Elections présidentielles 2017 et logement

Mais ces programmes, plans, objectifs et propositions sont-ils vraiment en adéquation avec les besoins des français ?

La Fondation de l’Abbé Pierre, dans  son 22e  rapport, présenté le 31 janvier 2017, parle de 4 millions de personnes mal logées et de 12 millions de personnes en situation de fragilité par rapport au logement. Au-delà des chiffres, impressionnants, ce sont des situations dramatiques vécues au quotidien. Si le nombre de loyers impayés n’augmente pas, c’est parce que les locataires fournissent un gros effort financier, consacrant plus de 35 % de leurs revenus aux charges de logement. Mais cet effort financier se fait au détriment du paiement des charges, du confort, principalement du chauffage. 3,5 millions de personnes ont froid dans leur logement, limitant les dépenses de chauffage pour pouvoir payer leur loyer.
Pour tenter de résoudre ces problèmes, la Fondation demande la mise en place de trois axes d’action. Il faut adapter la politique du logement à la diversité des territoires. Cela passe par la mise en place de la prise de  décision au niveau de l’intercommunalité. La Fondation veut agir par le bas, en visant les plus modestes, par l’adoption d’une sécurité sociale du logement et la construction de vrais logements sociaux, à hauteur de 150 000 par an. Le dernier axe consiste à jouer sur l’origine même du mécanisme d’exclusion, en régulant le marché immobilier, en redistribuant la rente foncière. Cette politique du logement est aussi l’occasion de concilier des politiques nationales de l’emploi, de la santé, d’environnement, de mixité.

Elections présidentielles 2017 et logement.

Alors que proposent les candidats ? Nous sommes allés consulter la rubrique « logement » de 5 candidats à l’élection présidentielle.

A en croire le positionnement de ses 4 propositions, de la 139e à la 143e place, sur 144 propositions, le logement n’est pas une priorité de Marine Le Pen. Elle veut faciliter l’accès à la propriété en renforçant les dispositifs de prêts aidés et en améliorant les conditions de rachat par les locataires de leur logement social. Elle veut rationnaliser les normes de construction. La réduction des dépenses de logement des ménages grâce à  un plan d’aide à la construction et à la réhabilitation des logements est un axe de travail. La préférence nationale dans l’attribution des logements sociaux est aussi présente.

Le programme de François Fillon présente dans son programme 15 propositions dédiées au logement. La suppression de l’encadrement des loyers et la mise en place d’un bail accordant des avantages fiscaux au propriétaire est la première de ces propositions. La reconduction des mesures qui fonctionnent, l’accélération des procédures d’expulsion ou la suppression de l’objectif des 500 000 logements construits par an et des APL seraient les axes de cette politique. Il est aussi question de faire de l’intercommunalité l’échelon compétent pour le logement. La requalification des centres villes afin d’en éviter la désertification est à l’ordre du jour.

Emmanuel Macron propose 6 objectifs. Le premier n’est pas inconnu, construire plus de logements là où c’est nécessaire, en plaçant le centre de décision sur l’intercommunalité. Le deuxième point est de faciliter l’accès au logement pour les jeunes et les actifs en mobilité, avec le bail « "mobilité professionnel », sans dépôt de garantie. Il est question d’accélérer la rénovation des logements pour accélérer la transition environnementale.  Accroitre les solutions de logement, garantir la stabilité des normes, relancer le renouvellement urbain des quartiers sont des objectifs classiques. Mais exonérer 4 français sur 5 de la taxe d’habitation l’est moins !

Benoît Hamon a trois propositions pour le logement, dont un plan d’investissement pour la rénovation énergétique des bâtiments. Cela plan réduirait la consommation d’énergie et lutterait contre la précarité énergétique. Il se décline selon trois priorités : la réhabilitation thermique des logements sociaux, un plan d’accompagnement des initiatives privées et une protection des foyers  « énergétiquement précaires ». La seconde proposition est de renforcer la loi SRU, en sanctionnant les communes qui ne respectent pas les quotas sociaux. Enfin, il réunirait les acteurs de la lutte contre l’exclusion afin de sélectionner et généraliser les démarches d’accompagnement qui fonctionnent.

Jean-Luc Mélenchon a intitulé sa politique du logement « pour un logement universel et durable ».  Il veut garantir le droit au logement digne. Il a 5 objectifs. Le premier de ses objectifs est le « zéro sans abri », en interdisant les expulsions. Il veut aussi mobiliser le parc privé pour les besoins prioritaires.  La construction d’un million de logements permettrait le développement de logements de qualité. La  rupture avec la spéculation foncière est à l’ordre du jour, avec la promotion de la propriété publique du foncier. Le dernier point est de rénover le parc existant pour le mettre aux normes écologiques.

Comment percevons-nous la politique du logement dans ce débat pour les présidentielles 2017 ?

A quelques semaines des présidentielles, nous avons voulu en savoir plus sur le programme de certains candidats en matière de logement.

Le logement n’est pas la priorité des débats  de cette élection présidentielle 2017. Rares sont les candidats à aborder cette thématique. Selon un sondage réalisé par IFOP pour CAFPI (Les Français et l'accession à la propriété, sondage Ifop pour Cafpi, février 2017), les deux personnalités qui semblent s’intéresser le plus à ce thème sont Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Ces deux candidats sont en tête mais ne se démarquent pas des suivants. Si 19 % des sondés estiment que ces deux candidats s’intéressent aux enjeux du logement, Benoît Hamon et Emmanuel Macron sont derrière avec 18 % et 16 %.

On retrouve ce quatuor, dans le désordre, quand il s’agit de savoir quel candidat défend, selon les sondés, le mieux les personnes souhaitant accéder à la propriété. Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont au coude à coude avec 19 % chacun, vient ensuite Benoît Hamon avec 18 %, puis Jean-Luc Mélenchon avec 16 %. Les autres candidats sont assez éloignés dans ce classement. Est-ce une question de désintérêt de leur part, ou plus certainement, de manque de visibilité de leur programme dans les médias ?
Toujours selon ce sondage, la priorité doit être mise sur l’accession à la propriété, l’amélioration des logements et l’augmentation des aides à la rénovation énergétique.